La commune de Labeaume

Labeaume  se situe en Ardèche méridionale à une trentaine de kilomètres d’Aubenas.
La superficie de la commune est proche de 2000 hectares. La population d’environ 660 habitants se répartit entre un chef-lieu très pittoresque, niché dans la falaise de la rivière Baume que l’on peut traverser par un pont submersible, et plusieurs hameaux épars : Peyroche, La Bigournette, Chapias, Linsolas…
Labeaume est classée « Village de caractère ».

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Cadastre de 1808

 

La route des Défilés

La route des Défilés, couramment appelée « Défilés de Ruoms », est située sur la commune de Labeaume, elle longe l’Ardèche et son affluent la Ligne. Elle a été construite vers 1866, les tunnels ont été creusés avec des moyens très artisanaux, barres à mine et poudre. La dynamite n’était pas encore utilisée. Auparavant, un chemin muletier, dit route royale, puis impériale, traversait le plateau de Labeaume pour rejoindre Joyeuse, Largentière ou Aubenas par Bellevue.

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La diligence de Largentière à Ruoms, fin XIXe siècle

 

Le pont de Ruoms                                                                    

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Le pont de Ruoms, vu de la Bigournette, hameau de Labeaume, carte postale vers 1900

Labeaume a été très isolé jusqu’à la construction en 1837 d’un premier pont suspendu qui reliait la commune à Ruoms. Il a été remplacé en 1877 par un pont de pierre plus résistant. L’arche au premier plan est le pilier de cet ancien pont suspendu.

De part et d’autre de l’Ardèche, à Labeaume et à Ruoms, étaient exploitées de grandes carrières de pierre. On en discerne les éboulis sur la falaise à gauche. La «pierre de Ruoms » a connu une certaine notoriété jusqu’aux années 1930, elle a fourni les matériaux de nombreux monuments et ouvrages d’art : viaducs, églises… et les carriers étaient nombreux à travailler dans la région. Les «Carrières et marbreries de Labeaume » poursuivent actuellement l‘exploitation de la pierre.

De l’autre côté du pont étaient installées les Brasseries de Ruoms dont les bières étaient réputées.

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Carrières et marbreries de Labeaume

 

Les gorges de la Baume

Cette carte postale donne une vision du paysage tel qu’il était il y a un siècle. Les rochers étaient à nu en raison de l’élevage des chèvres et de l’exploitation du bois de chauffage.

Des vignes, des vergers et des jardins potagers dont certains étaient « suspendus » le long de la falaise, recouvraient le fond de la vallée. Ils étaient arrosés par un système de citernes et de béals.

Les  grande crues emportaient régulièrement les jardins. En 1958, la plupart ont alors été abandonnés définitivement.

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Labeaume, vue générale. Carte postale ancienne

 

Le pont submersible

Ce pont a été construit en 1877.
Il comporte onze arches et permettait le passage vers les communes de Saint-Alban, Auriolles et l’accès aux terres cultivées le long de la rivière. L’absence de parapet est nécessaire car la Baume passe par-dessus le pont lors des crues en charriant arbres et débris de toutes sortes. Ces crues, assez fréquentes en automne, sont soudaines et extrêmement violentes. La  crue de septembre 1890 avait atteint la Place de l’Église.

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La grande crue de 1958

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Henri Bonnaure et ses bœufs vers 1960

 

Le village et les jardins

Le nom du village est dû à la présence des grandes grottes (« baumes » en occitan) dans la paroi rocheuse. Certaines habitations sont intégrées au rocher.

Des jardins potagers, des vignes et des vergers recouvraient le méandre de la vallée. Ils étaient arrosés grâce à des citernes creusées dans le sol. L’eau était puisée autrefois avec des « manlèves » (système à balancier), plus tard avec des pompes à main, puis électriques. Un canal d’irrigation, le béal, alimentait le moulin situé tout au fond de la place du Sablas.

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Une « manlève »

Sur la rive gauche, le long de la falaise, en aval comme en amont, des « jardins suspendus » bâtis en terrasses sur des murs en pierre, bien exposés au midi, permettaient aux paysans de cultiver des primeurs.

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Le béal du moulin

 

La Place du Sablas

Cette place est le cœur du village.
Très appréciée des touristes avec ses cafés et ses restaurants, elle fait le bonheur des boulistes et des enfants qui jouent avec l’eau de la fontaine. Elle est ombragée de grands platanes. Au XIXe siècle, à l’époque du développement de la sériciculture (élevage du ver à soie) elle était plantée de mûriers. Les habitants venaient y prendre l’eau à la fontaine.

Deux panneaux apposés sur le « Café de la Rive gauche » indiquent le niveau atteint par la rivière les 22 septembre 1890 et 22 septembre 1992. Le nom « Sablas » provient du sable déposé par les crues. En raison de ces crues, les bâtiments du rez-de-chaussée étaient réservés uniquement aux activités agricoles à l’exception de la boutique du café-coiffeur au fond de la place.

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La place du Sablas vers 1910, carte postale

 

Maisons -Population

Le maximum de population de la commune a été de 1216 habitants en 1856.
Vers 1900,  malgré un important exode rural amorcé vers 1870 ils étaient encore 850. On comptait au chef-lieu un maréchal-ferrant, deux boulangers, cinq cordonniers, un menuisier, trois cafés-épiceries… Puis, une succession de crises agricoles : maladie du ver à soie, phylloxera… a entraîné un exode rural accentué par les pertes de la Guerre de 1914. Il restait 350 habitants en 1968 et le village était désert l’hiver. À partir des années 1960, les maisons ont été rachetées et restaurées. À partir de l’adduction d’eau, de nombreuses maisons ont été construites. Actuellement, la population est de 660 habitants.mais le pays revit surtout à la saison touristique. Depuis 1996, Le festival « Labeaume en musiques » dont certains concerts se déroulent au bord de la rivière, attire de nombreux amateurs.

La calade, pavée de galets, était la seule route. Elle constituait le cœur de la vie du village comme l’indique cette photo du violoneux, entouré des « Enfants de Marie » l’association des jeunes filles catholiques. La route départementale actuelle n’a été construite qu’en 1957 en raison de sa situation de cul-de-sac et du très mauvais chemin. Le village a été très isolé jusqu’à cette date.

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Le violoneux et les Enfants de Marie. 1921

 La croix de pierre, érigée sur la place en 1825, est gravée de fleurs de lys. Elle témoigne du renouveau du catholicisme après la Révolution dans ce village très attaché à sa religion et au roi.

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Croix aux fleurs de lys. 1825

 

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Maison en forme de proue de bateau dans la calade

 

 Le château et la « tourasse »

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Site du château médiéval

Ce bâtiment du XVIIIe siècle, perché au-dessus du village, est construit sur les bases d’un ancien château dont on discerne aisément les soubassements médiévaux et une meurtrière datant du XVIe siècle.

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La « tourasse » en ruine, reste de fortifications

 

La Place de l’Église

L’église a été rebâtie au XIXe siècle à l’emplacement d’une église médiévale antérieure.
Une plaque gravée de 1340, apposée à l’intérieur, atteste sa présence avant le XIVe siècle.

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Place de l’Église, carte postale vers 1910

Les bâtisseurs du milieu du XIXe lui ont ajouté ce curieux clocher, perché sur deux colonnes rondes, qui mettent en valeur le savoir-faire des tailleurs de pierre du pays. La Saint-Sébastien, le 20 janvier, était la grande fête du pays organisée par la confrérie de pénitents de Saint-Sébastien. Ce saint, qui protège des épidémies, était particulièrement vénéré à Labeaume depuis les grandes épidémies de peste ou de choléra des XVIIe et XVIIIe siècles. L’église est dédiée à Saint-Pierre-aux-liens.

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Statue de saint Sébastien dans l’église, difficile d’y voir un soldat romain criblé de flèches… Un tableau de 1818 placé dans le chœur le représente également.

 

L’élevage des vers à soie à Labeaume

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la commune a connu un remarquable développement de la sériciculture. Chaque maison pratiquait l’élevage des vers à soie au mois de juin. Cette récolte était pratiquement la seule rentrée d’argent frais.

Les maisons de la partie basse de la calade pavée de galets,  sont caractéristiques de l’architecture des magnaneries dans lesquelles se pratiquait l’élevage du ver à soie. La magnanerie était installée à l’étage supérieur qui comporte de petites ouvertures. Les arcades au premier étage, abritaient « le couradou », une terrasse voûtée où l’on filait autrefois les cocons. À partir de la fin du XIXe siècle, on n’a plus filé à domicile, les cocons étaient expédiés à la filature.

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Décoconnage à Champrenard, années 1960

Dans la région, les mûriers ont été plantés dans les moindres recoins, entre les rochers et en bordure des champs car ils constituaient la nourriture des vers à soie. Cet élevage nécessitait une énorme quantité de feuilles au moment de la «presse», après la quatrième mue, juste avant que le ver tisse son cocon.

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Mûrier sous la tourass

Vers 1900, Labeaume a atteint le maximum de sa production avec 40 tonnes de cocons, un record à l’époque, alors que partout ailleurs cette activité était abandonnée. La sériciculture s’est prolongée longtemps à Labeaume car il n’y avait guère d’autre ressource dans ce village isolé. Le dernier élevage a eu lieu en 1966.

 

Les écoles

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L’école laïque de Labeaume en 1910 : Anselme et Adèle Avenas, instituteurs.

Il y avait trois écoles à Labeaume pendant la première moitié du XXe siècle.
L’école publique du chef-lieu était fréquentée par les garçons car les parents préféraient mettre leurs filles à l’école religieuse catholique, située plus haut dans la calade. Au début du XXe siècle, les tensions étaient vives entre l’école catholique et l’école laïque que le curé Soboul appelait « l’école du diable ». L’école publique du hameau de Chapias a été fermée la dernière, en 1972.

 

L’Abeille

Le mas de l’Abeille est un hameau, plus qu’une maison, dont on ne connaît pas précisément les origines.
Sa situation, perdue au milieu de la garrigue, proche d’un ensemble de dolmens, d’énormes rochers et de clapas, lui confère une atmosphère fascinante. Cette propriété vivait de essentiellement la vigne et de l’élevage jusqu’au développement de la sériciculture au XVIIIe siècle où elle devint la plus grande productrice de cocons de Labeaume.

Elle tombait en ruine après la mort de la dernière habitante en 1956 quand elle a été rachetée en 1962 par Les Petits Chanteurs de Saint-Louis de Paris. Pendant des dizaines d’années ils l’ont restaurée sans toucher au caractère de cette extraordinaire  bâtisse.

 

Le Récatadou, un modeste mas devenu site touristique

Cette ferme magnifiquement située au-dessus de la rivière est devenue depuis 1997 la maison communale, rebaptisée Récatadou. C’était jusqu’à la Seconde Guerre mondiale une modeste exploitation familiale qui pratiquait la polyculture, l’élevage des chèvres et la sériciculture.

Dans la commune, les terres cultivables sont rares en raison de la présence des rochers. Aussi, lors de la forte croissance démographique de la fin du XIXe siècle, les moindres parcelles furent mises en culture. Ceci explique les travaux considérables réalisés pour la construction des exceptionnels « jardins suspendus » qui bordent la falaise et qui ont été dégagés en 2007.  Ce travail de Titans a été réalisé par la famille Reynaud  en l’espace d’un siècle (environ de 1830 à 1940) alors que les visiteurs imaginent fréquemment que ce sont des constructions  médiévales, voire  plus anciennes.

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Clovis Reynaud sur l’aire de battage en 1943

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Jardins suspendus, défrichements de 2007

 

Chapias, la tour et le culte de Notre-Dame de Délivrance

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La Place de Chapias vers 1920

L’église a été édifiée à la suite d’un vœu émis par deux prêtres qui se cachaient dans le hameau de Chapias lors de la Terreur sous la Révolution, en 1794. Ayant échappé à une perquisition, ils firent vœu d’élever cette église en l’honneur de  Notre-Dame. Ce vœu est évoqué sur le tableau accroché dans le chœur ainsi que sur le bas-relief du maître-autel. L’édifice a été construit en deux fois et terminé en 1869.

Par la suite, un pèlerinage réputé en raison de miracles attribués à la Vierge de Délivrance attira des milliers de pèlerins le premier dimanche de septembre.

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Paysans de Chapias et leur curé devant la tour vers 1910

La statue de Notre-Dame couronne la tour. On a compté quinze mille pèlerins lors de son inauguration en 1884. La procession avait lieu le 8 septembre. Elle partait de l’église de Chapias et passait sous un tunnel de buis et de branches de sapin pour aboutir à la tour. Après la Seconde Guerre mondiale, le pèlerinage a repris à la suite d’un vœu émis par les habitants de Ruoms. Ils avaient promis de reprendre le pèlerinage s’ils étaient épargnés par l’armée allemande lors de sa retraite en août 1944… Les Nazis sont passés à Vallon en faisant de nombreuses victimes !

 

Le hameau de Peyroche

Le hameau de Peyroche jouit d’une situation privilégiée à la confluence de l’Ardèche et de la Baume dans la plaine alluviale, ce qui permet l’agriculture, en particulier la culture de la vigne. Le terrain d’aviation et l’Aéroclub de Ruoms-Labeaume y ont été installés en 1954.

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Fête des vendanges à Peyroche vers 1960

Pour faire barrage à la retraite nazie, les FFI avaient fait sauter le pont, dit « Pont de Baume » le 3 août 1944, ainsi que ceux de Balazuc et de Vogüé. Le Pont de Baume est actuellement un des sites de baignade le plus fréquenté de la commune.

Marie-Hélène Balazuc
Photos : Omer Arrijs, Marie-Hélène Balazuc, prêts d’habitants de Labeaume, cartes postales.

 

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